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Émeutes à Minneapolis : les raisons de la colère

Depuis quatre jours, la mort de George Floyd, un Afro-Américain de 46 ans étouffé sous le genou d’un policier de Minneapolis, agite la ville du Minnesota. Un acte qui rappelle que les crimes racistes attribués aux forces de l’ordre ont jalonné l’histoire des États-Unis.

« I can’t breathe. » Je n’arrive plus à respirer. Ce sont les derniers mots prononcés par George Floyd, un Afro-Américain de 46 ans soupçonné d’avoir voulu écouler un faux billet de 20 dollars, avant de perdre connaissance sous le genou de Derek Chauvin, un policier blanc de la ville de Minneapolis dans l’État du Minnesota. Une séquence insoutenable filmée par Darnella Frazier, une adolescente de 17 ans qui passait par là. La vidéo, devenue virale dans une Amérique polarisée plus que jamais, est à l’origine d’une énième flambée de violence portée par ce slogan – « I can’t breathe » – placardé et hurlé par des manifestants descendus dans la rue pour dénoncer ce nouveau drame symbole d’une plaie profonde du racisme aux États-Unis.

Ce n’est pas une première, loin de là

Car cette « bavure policière » outre-Atlantique n’est pas la première. Elle rappelle la mort d’Eric Garner, un homme noir de 43 ans, père de six enfants, à New-York, décédé en 2014 après avoir été plaqué au sol par des policiers blancs qui lui reprochaient de vendre des cigarettes illégalement. L’un d’entre eux, Daniel Pantaleo, l’avait attrapé par le cou puis fait tomber au sol avant de l’étrangler. Eric Garner sera déclaré mort à son arrivée à l’hôpital.

Et l’histoire qui se répète inexorablement. Ainsi, Ahmaud Arbery, un joggeur noir de 25 ans, a été abattu de sang froid, fin février, par un ancien policier et son fils dans l’État de Georgie. Une affaire qui a éclaté deux mois plus tard lorsque la vidéo de son assassinat a été diffusée sur les réseaux sociaux.

La mort de George Floyd à Minneapolis fait également penser à celle de Breonna Taylor, au mois de mars dernier. Cette jeune ambulancière de 26 ans a été abattue chez elle en pleine nuit par des policiers à Louisville, dans l’État du Kentucky. Ils étaient à la recherche d’un suspect qui n’habitait plus l’immeuble, et pour cause : il était déjà incarcéré.

La liste macabre de personnes noires abattues par la police américaine se complète chaque année de nouveaux noms comme Mickaël Brown, 18 ans, sans défense, abattu par un policier blanc dans l’État du Missouri en 2014, Laquan McDonald, 17 ans, exécuté la même année de 16 balles parce qu’il avait l’air menaçant – les images de cette bavure avaient provoqué une onde choc à Chicago – ou encore Aston Sterling, 37 ans, père de cinq enfants, tué à bout portant sur un parking de Baton Rouge, en Louisiane, parce qu’il refusait d’obtempérer.

Des personnalités mobilisées

Les personnalités américaines qui se sont mobilisées contre les violences policières aux États-Unis sont nombreuses, mais celle dont l’écho a été planétaire se nomme Colin Kaepernick, un joueur de football américain qui a lancé un mouvement de protestation contre le racisme subi par les noirs dans son pays. Le 26 août 2016, il s’était agenouillé lors de l’hymne national, avec les San Francisco 49ers. Ce qui lui a valu d’être black listé dans le milieu mais choisi, pour son engagement, comme égérie par la marque Nike.

Une indignation également exprimée par la vedette de la NBA LeBron James, qui a relayé cette semaine un montage photo qui montre d’un côté le policier blanc Derek Chauvin agenouillé sur le cou de George Floyd et de l’autre Colin Kaepernick avant un match de NFL genou à terre :

1968, dans un mouvement intitulé « Take a Knee », mais également des artistes américains révulsés par les propos de Donald Trump, qui, lors d’un meeting en Alabama, a violemment pris à partie les joueurs de football américain qui se sont agenouillés pendant The Star-Spangle Banner, les qualifiant de « fils de pute ».

 Omar Ouhamane

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