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Les enjeux du Sommet du G5 Sahel de Pau, Michel Scarbonchi

Le 13 janvier, le président Emmanuel Macron réunit autour de lui, à Pau, les chefs d’État du Tchad, de Mauritanie, du Mali, du Niger et du Burkina-Faso ainsi que le Président du Conseil européen, le ministre des Affaires Étrangères de l’Union européenne et les représentants de l’ONU et de l’Union Africaine.

Après les pertes militaires françaises et africaines sévères depuis deux mois dans la lutte contre le terrorisme dans le Sahel, il était temps de remettre à plat l’organisation, les objectifs et les actions du G5 Sahel.

Le président français avait préparé le terrain avec l’annonce de la fin du « franc CFA » à Abidjan il y a trois semaines ou plutôt la naissance d’une nouvelle monnaie africaine annoncée à Abidjan. Signe d’émancipation pour l’Afrique de l’Ouest qui assumera désormais, seule, son destin financier et aura ainsi une plus grande maîtrise de son développement en ayant notamment l’usage des milliards d’euros de changes avec la parité euro-eco, lesquelles réserves, avant, dormaient dans les coffres de la banque de France. Aux Africains d’assumer dorénavant leurs responsabilités. Le chef de l’État français voulait probablement montrer que s’il exigeait beaucoup des pays membres de la CEDEAO et de l’UMEOA, dans l’effort de guerre contre le terrorisme, il était prêt à un geste fort sur la souveraineté financière de l’Afrique de l’Ouest.

Car dans le dossier sécuritaire avec le G5 Sahel, la France est confrontée à quatre problèmes majeurs : la faiblesse endémique des armées africaines concernées ; la mauvaise gouvernance de certains présidents en première ligne de la lutte antiterroriste ; le sentiment anti-français de plus en plus répandu ; la demande forte de soutien militaire international.

Les armées maliennes, nigériennes et burkinabés sont-elles si dépassées ou incompétentes pour avoir des pertes aussi importantes à chaque attaque terroriste ? Près de deux cent tués en trente jours pour les trois pays. Estimées à 50 000 hommes en 2013 pour ces 3 pays, ces armées sont insuffisantes, mal équipées, mal commandées et mal entraînées, car la plupart des chefs d’État se sont toujours méfiés de leurs armées, sources de coup d’Etat récurrentes.

Le Tchad et la Mauritanie disposent elles des seules armées dignes de ce nom dans la bande sahélienne. D’où l’urgence de créer des forces spéciales. A défaut du nombre, privilégier la qualité des combattants semble être la nouvelle doctrine…

Au Mali surtout mais aussi au Niger, nous sommes confrontés à des présidents contestés ou peu populaires. Comment gagner une guerre sans adhésion massive du peuple ? D’où le sentiment anti-Français puisque ces populations considèrent que nous soutenons des chefs d’État impopulaires.

Lueur d’espoir pour l’avenir, le retour dans leur pays de deux figures emblématiques : Amadou Toumani Toure dit ATT, après avoir quitté le pouvoir en 2012 est rentré au Mali, et Hama Amadou est revenu au Niger, malgré une menace d’emprisonnement qui, hélas, est devenue effective. Ces deux hommes sont les seuls capables, à terme, de réconcilier leurs populations respectives    fortement divisées et de pacifier leurs pays, voir même de négocier avec les rebelles….

Car nous ne pouvons pas gagner cette guerre si nous ne nous appuyons pas sur des États africains fiables et déterminés dans la lutte contre le terrorisme. La France au Sahel et la Libye de Haftar sont les deux remparts contre le terrorisme, les deux seules frontières qui protègent les Européens de la folie de l’islam radical et des chantages d’Erdogan.

L’Allemagne de Merkel ne semble toujours pas avoir pris la mesure du danger puisqu’elle vient, par deux fois en un mois, de refuser d’engager ses soldats dans le cadre de l’opération « Takuba » auquel ont répondu favorablement le Danemark, les Pays-Bas, la Tchéquie et l’Estonie, la Belgique et bientôt la Suède et la Norvège pour créer, à l’initiative de la France, une force spéciale européenne pour le Sahel.

Il y a un réveil européen mais il est encore insuffisant. L’effort de l’Union européenne doit être plus important ; Charles Michel et Josep Borrelli Fontelles l’entendront-ils ?

Devant le retrait américain qui se généralise, faudra-t-il attendre la venue de la Russie comme certains chefs d’État africains l’ont suggéré lors du Forum de Sotchi ou comme certains d’entre eux l’ont formulé en demandant une aide militaire internationale pour éviter que le Sahel comme la Libye ne deviennent de nouvelles Syrie ?

Et qu’espérer de l’ONU, en état d’impuissance totale en Libye ?

Aujourd’hui, deux évidences s’imposent. La première est qu’il est désormais clair que la France ne peut plus agir seule sur un territoire dont la superficie est égale à presque six fois la sienne.

La seconde est qu’une action militaire même efficace ne suffira pas si elle ne s’accompagne pas d’une politique de développement très forte.

Réalisation de routes pour désenclaver les zones rurales, construction d’écoles, de dispensaires, avec un retour massif de la présence de l’État dans des territoires abandonnés ou perdus. L’ONU avec le PNUD et l’Union européenne avec le FED tout comme la CEDEAO avec les réserves financières récupérées de l’ECO doivent grandement y contribuer.

N’oublions jamais que la pauvreté est la première cause du recrutement des jeunes pour le jihad.

Le sommet de PAU permettra de vérifier si la volonté d’agir « France – Union européenne – ONU » est une réalité concrète ou si le chacun pour soi est toujours la règle, en attendant la bonne nouvelle, dans les prochains jours de la prise de Tripoli par l’ALN du maréchal Haftar.

Michel Scarbonchi

Ancien député européen

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