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Mali : pourquoi les attaques meurtrières se multiplient entre les communautés

CONFLIT – Une nouvelle tuerie a fait « 38 morts et de nombreux blessés », a indiqué mardi le gouvernement malien. Les violences qui déchirent le centre du pays depuis quatre ans ont culminé avec le massacre le 23 mars, attribué à des chasseurs dogons, de quelque 160 Peuls. Comment en est-on arrivé là ? Explications.

Quelque 160 Peuls tués le 23 mars, 35 morts dans un village dogon le 9 juin, 38 autres ce mardi : les massacres se multiplient ces dernières semaines au Mali, où les violences prennent de l’ampleur. Des violences liées aux tensions entre ces deux ethnies, mais aussi le développement du djihadisme croissant dans le centre du pays, et l’impuissance de l’armée.

Comment ces violences ont débuté ?

Pour comprendre la crise actuelle, il faut remonter à 2012, quand le nord du Mali est tombé sous la coupe de groupes djihadistes. Ces derniers ont été en grande partie dispersés par une intervention militaire lancée en janvier 2013 à l’initiative de la France, qui se poursuit actuellement. Mais des zones entières échappent au contrôle des forces maliennes, françaises et de l’ONU, malgré la signature en 2015 d’un accord de paix censé isoler définitivement les djihadistes. 

Ainsi, depuis 2015, ces violences se sont propagées du Nord vers le centre, voire parfois le Sud, se mêlant très souvent à des conflits intercommunautaires, un phénomène que connaissent également le Burkina Faso et le Niger voisins. Au Mali, pays peuplé de plus de 14 millions d’habitants, une vingtaine d’ethnies coexistent : les Bambaras, Malinkés, Songhaïs, Maures, Touareg, Dogons et Peuls. Ces deux dernières sont au cœur des violences actuelles.

Pourquoi les Peuls et les Dogons sont-ils concernés ?

Les deux ethnies cohabitent depuis des siècles au centre du Mali, au gré des circonstances politiques. Les Dogons, eux, sont pour la plupart des agriculteurs, occupant des plaines. Les Peuls sont quant à eux des éleveurs. Les deux ethnies ont toujours été amenées à commercer, même si des tensions existaient en raison de la raréfaction des points d’eau et des ressources naturelles. Elles se sont exacerbées à partir de 2015 à cause du djihadisme : la katiba Macina du prédicateur Amadou Koufa est apparue dans la région, et des djihadistes ont commencé à accuser certains éléments dogons (et bambaras) de collaborer avec l’armée. Ils ont donc commencé à les éliminer. 

« Même si ces attaques étaient très ciblées, les milices ont considéré que chaque Dogon ou chaque Bambara touché, c’est comme si c’était la communauté qui était attaquée, donnant lieu à des représailles contre les communautés peules, soupçonnées de collaborer avec les djihadistes », a expliqué à l’AFP Ibrahim Yahaya Ibrahim, analyste à l’International Crisis Group. Et d’ajouter : « Aujourd’hui, c’est une situation qui est alimentée par la peur, la peur que ce soit l’autre qui attaque le premier, et un sentiment de vengeance. Il y a aussi un élément de banditisme et un désir de s’accaparer des terres. »

Que fait l’armée ?

Déployée en 2013, après que le nord du Mali soit tombé sous la coupe de djihadistes liés à Al-Qaïda, la Minusma compte plus de 15.000 militaires et policiers. Elle fait face à une opposition sanglante : la Minusma est la plus coûteuse en vies humaines de toutes les opérations de maintien de la paix de l’ONU en cours, avec 195 morts, dont plus d’une centaine dans des actes hostiles, soit plus de la moitié des Casques bleus tués dans le monde depuis cinq ans. 

Difficile pour eux de s’appuyer sur l’armée régulière malienne, laquelle a des capacités limitées. Notamment car l’Etat ne peut lui attribuer que 15% de son budget. En outre, a expliqué Ibrahim Yahaya Ibrahim, ces crises « ont lieu dans des petits bourgs, parfois des hameaux, ou des grands villages, éparpillés sur des dizaines de milliers de km2. Donc être partout à la fois, c’est très difficile, et les forces internationales sont confrontées aux mêmes problèmes ».

Thomas Guien

www.lci.fr

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