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Mauritanie-Sénégal : le gaz, une chance si…

En Mauritanie comme au Sénégal, le gaz fait de plus en plus l’actualité. Du côté des sociétés exploratrices, l’échafaudage de mise en exploitation se met en place, avec un rythme accéléré, et du côté des populations l’attente fait naître de plus grands espoirs…à mesure que 2022 approche.

L’exploitation prochaine, à l’horizon 2022, du champ gazier Grand Tortue Ahmeyim (GTA) laisse espérer un développement économique notable pour la Mauritanie et le Sénégal. Les estimations les moins optimistes annoncent environ 500 millions de dollars US par an à chacun des deux pays. C’est déjà là plus “qu’un petit matelas” auquel s’ajoutera une plus-value générée par les activités connexes que le nouvel environnement porteur va susciter. Mais il va de soi que cette perspective, fort alléchante, devrait, raisonnablement, motiver chez les pouvoirs publics mauritanien et sénégalais, une réflexion, la plus ouverte possible, sur les investissements prioritaires auxquels cette manne providentielle devra être destinée.

En Mauritanie, on ne devrait pas répéter les mêmes erreurs qu’avec le pactole engrangé par la Société nationale industrielle et minière (SNIM) quand les ventes du minerai de fer rapportaient gros entre 2012 et 2014, avec un prix à la tonne frôlant les 170 USD. Le taux de croissance du Produit intérieur brut – PIB – s’est alors redressé pour atteindre 5,8% en 2012, 6,4% en 2013 et 5,8% en 2014. Mais les investissements publics ne dénotaient pas des “bons choix” qui permettraient aux Mauritaniens de tirer profit de cette manne, dans l’amélioration directe de leurs conditions de vie. Ni même à une société comme la SNIM de s’assurer des réserves pour les moments difficiles parce que, par nature, la conjoncture économique et financière est constituée de flux et de reflux.

On s’en rendra compte au bout de deux ans seulement, quand, le soudain et brutal retournement de conjoncture, se traduisant par une baisse vertigineuse des prix des matières premières, ne tarda pas à s’annoncer et provoqua une grave récession, une crise de liquidité sans précédent et un ébranlement des entreprises. Le taux de croissance est ainsi passé à 1,4% en 2015 puis à 2% en 2016. Les récentes projections de la Banque mondiale et du FMI le situent à 3,5%, en 2017 et 2018, soit deux points en deçà de son niveau d’antan.

Différentes approches

Concernant le gaz mauritano-sénégalais, on n’est donc plus au niveau de l’incertitude, ni celle du potentiel et encore moins de l’exploitabilité qu’un désaccord, de quelque nature qu’il soit, pouvait stopper net, mais de la crainte que les autorités ne fassent pas les bons choix. Des priorités en termes d’investissements.

Faudrait-il continuer à agrandir la flotte de la MAI (Mauritania Airlines), quand on sait que les perspectives de rentabilité de cette compagnie aérienne sont quasi nulles, à court et moyen termes ? Question de prestige ? A construire des routes, à des prix hors normes, payées à des sociétés sans expérience ?

L’option choisie par le Sénégal doit aider la Mauritanie à limiter les “dommages collatéraux” d’une gestion gazière à risques. Non seulement pour l’environnement mais pour faire profiter les populations d’un bien qui leur revient de droit. La “malédiction” dont on parle sous d’autres contrées n’est pas un vain mot, quand l’exaspération atteint son comble. Quand les dividendes ne sont pas réinjectés, directement, dans les secteurs sociaux (santé, éducation, logement) permettant aux Mauritaniens d’apprécier, positivement, la gestion d’une ressource que le Sénégal et la Mauritanie ont décidé, de confier à British Petroleum (BP) et à Kosmos, même si leurs entreprises nationales (Petrosen et SMHPM) sont décidées à exercer un droit de regard sur ce partenariat, premier du genre dans la sous-région ouest-africaine.

En toute responsabilité, le Sénégal de Macky Sall et la Mauritanie de Mohamed Ould Abdel Aziz ont décidé de développer et d’exploiter conjointement ce champ dans le cadre d’un accord inter-Etats avec une répartition initiale de 50%/50% des ressources, comme le prévoit les accords signés à Nouakchott le 09 février 2018.

Et la responsabilité du suivi

Les présidents Mohamed Ould Abdel Aziz et Macky Sall sont bien conscients de la nécessité de suivre, par eux-mêmes, la mise en œuvre des différentes étapes du projet gazier GTA. Régulièrement, le PDG de Kosmos Energy et celui de BP sont reçus en audience, à Nouakchott et à Dakar, pour “rendre compte” de l’évolution du projet, qui est assurément l’une des plus prometteuses découvertes mondiales, qui pourrait changer radicalement la croissance de l’économie mauritanienne et sénégalaise à partir de 2022. Si tout va bien. Au Sénégal en tout cas, la vision est on ne peut plus claire.

Pour 2022-2026, l’Etat sénégalais veut relever le défi de s’attaquer aux défis de la sécurisation de la production et de l’approvisionnement du pays en énergie en quantité, en qualité suffisantes et au moindre coût et celui de la maximisation de façon saine et durable des retombées socio-économiques dans le pays.

Grand Tortue Ahmeyim demeure la principale découverte gazière en Afrique depuis celle du champ égyptien de “Zohr” en 2015. En perspective de sa mise en exploitation qui pourrait intervenir dès 2021 et la production en 2022, Grand Tortue Ahmeyim nourrit de belles promesses économiques pour le Sénégal et la Mauritanie qui pourraient ainsi se hisser dans le cercle fermé des puissances gazières africaines, avec ce champ hors norme recèlerait 450 milliards de m3 de gaz, soit l’équivalent de 15% de la richesse gazière d’un pays comme le Nigeria.

Par Mohamed Sneïba 

afrimag.net

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