Opinions

Bouamatou : l’obsession de l’immunité

 

L’homme d’affaires mauritanien, frappé par  plus d’un mandat d’arrêt,  ne sait plus désormais où mettre son pied. Avec des passeports multiples, Bouamatou, l’âme angoissée et inquiète, n’arrive plus à se rassurer ni sur le passeport français, ni l’espagnol, ni le sénégalais, encore moins sur son investissement scolastique à l’adresse des lointains étudiants Kiribati, au milieu du pacifique,  ou encore sur son titre de conseiller de la plus haute hiérarchie de l’organisme onusien en charge de la culture et de l’éducation. L’homme se cherche, rattrapé à chaque station de sa nouvelle vie par un plan maléfique de son passé, toujours présent, toujours oppressant, de corrupteur rompu aux méthodes digne des mafiosi les plus accomplis.

Le journal britannique, The Daily Mail, vient de révéler, dans un article publié le 27 juillet dernier, l’embarras suscité, au sein de cette, jusqu’ici, respectable institution, qu’est l’Unesco,  par le statut de conseiller que le fugitif de la police mauritanienne et de l’Interpol, s’est octroyé, en connivence avec l’ancienne directrice générale, la bulgare, Irina Bokova, en contrepartie d’un dollar symbolique. Aujourd’hui, des connaisseurs de la nouvelle patronne de l’Unesco chuchotent que ce ne sont pas les conseils d’un contrebandier fugitif qui épateraient l’ancienne énarque, qui a eu à occuper le poste de conseillère du président français F. Hollande, chargée de la culture et de la communication, puis ministre de la Culture sous Valls et Cazeneuve. On s’interroge beaucoup sur les raisons qui ont poussé la bulgare à céder avec autant de facilité le poste de conseiller à un personnage issu d’un milieu, en tout cas très loin de la culture et de l’éducation, d’autant plus qu’il ne saurait apporter un plus à l’institution. La nature même de la relation entre l’ex patronne  bulgare de l’Unesco et le fugitif mauritanien laisse planer des doutes chez pas mal de responsables de cet honorable organisme.

On se souvient des circonstances qui ont entouré l’obtention de ce Bouamatou de la nationalité espagnole, sous le motif on ne peut plus fallacieux et grotesquement mensonger, ourdi en contrepartie  d’un million d’euros versé pour faciliter  la complicité de son ami Moratinos, qui a pu vendre au monarque d’Espagne une fausse intervention de l’homme d’affaires dans la libération des espagnols enlevés et détenus par des éléments d’Alqaida au nord du Mali.

Il y aurait anguille sous roche dans cette énième métamorphose bouamatienne. Un dollar symbolique est impropre à la race à laquelle s’identifie cet homme d’affaires. La symbolique n’a jamais été son affaire. Il sait acheter au prix fort, qui réduit toute morale au silence et à la connivence. La Bulgare reviendrait un jour, peut-être, sur cet épisode et cette fois ce sera devant des juges.  Irina Bokova répondra de ses pratiques devenues pour elle un commerce lucratif. Et ce n’est un secret pour personne, la bulgare s’est achetée plusieurs appartements et biens immobiliers dans diverses capitales européennes et elle risque l’inculpation et le placement sous mandat de dépôt pour ‘’corruption’’ . L’histoire retiendra également que parmi les victimes de corruption de Bouamatou il y a une ressortissante d’un pays dénommé la Bulgarie. De toutes les manières, Mohamed ould Bouamatou  ne lésine pas sur les moyens pour trouver un repaire où se terrer dans ces jours difficiles et de grandes poursuites judiciaires. Il fait le tour du monde pour acheter un asile sûr. De l’Unesco, espérant une immunité que déjà les responsables de l’institution rappellent au journaliste britannique son impossibilité, en passant par une île perdue dans le Pacifique, en quête d’un pied à terre, déliant bourse pour payer scolarité à des étudiants kiribati, une république à vertu fiscale. Pour un homme, dont la vie est faite de la fuite du fisc, c’est déjà une perspective pour un investissement d’avenir et une tranquillité, même si éphémère, pour un homme qui devra opter  pour un mode de plus en plus invisible.

Les controverses de Bouamatou se déterrent, comme si une main invisible du destin s’en mêle pour lui faire payer son arrogance antérieure, son époque mauritanienne, patron des patrons, allié et associé de Ahmed ould Taya le frère du chef de l’état mauritanien, Maaouiya Sid’Ahmed Taya ( 1984- 2005). Un régime qui a instauré le laisser-aller, la corruption et la gabegie comme mode de gouvernement. Bouamatou est né, en effet, financièrement, à cette époque. Il en fut le produit, tout comme sa fortune en est produite. C’est une époque qui l’a marqué, façonné et fasciné. Il ne sait plus s’en départir. Et ce serait, selon des proches à lui,  la véritable motivation de son exil volontaire, depuis que l’actuel président mauritanien a engagé son gouvernement à lutter avec intransigeance contre toute forme de gabegie. La transparence, lance un connaisseur de cet homme, il ne s’y accommode jamais. C’est normal, conclut-il, qu’il entre dans un cycle de perturbation qui le mène au cœur du Pacifique ou faire des mains et des pieds pour obtenir un poste de conseiller à l’Unesco. Il est acculé, une plainte par-ci, des démêlés par-là ;   et il n’a jamais, certes, imaginé de tels déboires. Il cherche une immunité, une protection. Il est en quête de la paix. De la tranquillité de l’âme. Et c’est compliqué, pour lui, aujourd’hui. Son  instabilité se justifie, connaissant l’homme. Et elle ne  fait que commencer.

Boune ould Moctar

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