Opinions

LES LIAISONS  BOUAMATOU/ BOURDON

 

 

 

Le journal français l’Opinion, dans sa parution du 19 février 2018, dresse un portrait sur mesure, plutôt élogieux de l’homme d’affaires mauritanien Mohamed Ould Bouamatou. On le décrit comme «businessman philanthrope et trublion de l’Afrique» qui donnerait «des sueurs froides au président mauritanien » Aziz. Alors, le président aurait décidé «de l’abattre juridiquement et médiatiquement ».

 

Peu de temps avant, au mois de juillet 2017, William Bourdon, patron de l’ONG Sherpa, publiait un rapport à charge contre la Mauritanie, rapport truffé d’approximations et même de lourdes contre-vérités. Il convient de noter que le président de Sherpa est aussi l’avocat de l’homme d’affaires Ould Bouamatou. On est pour le moins surpris par ce mélange de genres, de la part d’un homme qui se veut au-dessus de tout soupçon et mène une croisade sans merci contre ce qu’il considère comme les malversations financières des dirigeants africains au détriment des peuples.

 

On peut ajouter à ces deux actions, les articles complaisants parus dans des journaux à la solde de Bouamatou, qui tissent au fil des parutions, des cantiques à la louange de l’homme. On est en droit de s’interroger sur l’objet de toute cette agitation. C’est comme si le tandem William Bourdon/Mohamed Bouamatou  était aux abois et qu’il fallait voler à son secours. De quoi s’agirait-il donc ? Qu’est-ce qui pourrait inquiéter Bouamatou mais surtout Bourdon au point de les rendre si fébriles ?

 

Mais signe des temps, cette cavalcade parallèle, d’une part contre la Mauritanie et son chef et d’autre part, à la gloire de Bouamatou, a comme écœuré des acteurs de la société civile mauritanienne qui se sont dit que trop c’était trop et qu’il fallait faire quelque chose. Premier acte, ils ont tenu à se faire entendre en toute indépendance sur ce sujet. Pour ce faire, ils ont convoqué une conférence de presse à Nouakchott le 10 janvier 2018, pour exprimer leur ras-le-bol par rapport à cette ingérence étrangère malveillante qui ne pouvait que nuire au pays, et apporter leur soutien à l’action du gouvernement. L’on connaît l’activisme, l’indépendance et la rigueur habituels de la société civile mauritanienne. Pour qu’elle s’engage à soutenir l’état, il a vraiment fallu que le camp en face est été au-delà de tout ce que l’on pouvait attendre.

 

Si l’on peut avoir besoin des ONG étrangères pour améliorer le destin des peuples, on commence à s’agacer dans certains pays que les intentions desdites ONG puissent difficilement être qualifiées de positives et qu’elles n’aient que du mépris pour le travail fait localement. Car dans cette Mauritanie, où la société civile a une grande liberté d’action et d’expression, réalise un énorme travail de contre-pouvoir et de porteuses d’alerte dans tous les domaines, il est surprenant que ces associations n’aient pas été consultées par une ONG étrangère qui débarque pour la première fois sur leur sol.

 

La charge de Sherpa/Bourdon ne s’arrête pas à l’état mauritanien et à son chef. Pour eux, il ne fait tout simplement pas bon être un fidèle du président mauritanien de nos jours. Le jeune avocat franco-mauritanien installé à Paris et ambassadeur itinérant de Mauritanie Jemal Taleb en sait quelque chose. Cette fois, les informations viennent du journal en ligne la Lettre du continent, une de ces publications qui se sont opportunément spécialisées sur l’Afrique. Le journal publie le 21 mars 2018, un article intitulé Le conflit Sherpa/Ould Abdel Aziz vire à la guerre de tranchée. L’article est assez équilibré, même s’il donne beaucoup d’importance à ce fameux rapport de l’ONG Sherpa daté de juillet 2017 dont on connaît la rigueur bien plus qu’approximative. Il note cependant la troublante coïncidence entre les attaques de Sherpa et «l’agenda de Bouamatou», tout en soulignant que l’homme d’affaires mauritanien est de bienfaiteur de l’association Sherpa. Troublante coïncidence en effet, comme si l’ONG agissait aux ordres. D’ailleurs le journal présente clairement l’association et son chef comme le « poisson pilote » de l’homme d’affaires. On ne peut être plus clair.

 

L’article mentionne donc les attaques contre l’avocat Jemal Taleb qui est présenté comme « principal relais d’Aziz à Paris » et qui serait dans le viseur de Sherpa. Il doit trembler de peur ……..

 

Les attaques de l’ONG sont d’une extrême violence, en dessous de la ceinture, comme cette plainte inattendue au procureur près le TGI de Paris « pour violation du titre d’avocat ». Hors-mis le désir de «vengeance» sinon l’intention de salir l’honneur du jeune homme, on ne voit pas le rapport qu’il y a entre cette supposée usurpation de titre d’avocat et les accusations portées contre Sherpa et Bourdon. Le journal précise cependant que la plainte «pourrait tourner court» et explique pourquoi. « Selon nos informations, l’Ordre des avocats de Paris a reconnu, le 19 septembre 2017, que Jemal Taleb, remplissait toutes les conditions pour exercer cette profession ». Pourtant le même jour, toute affaire cessante, le même journal publie une étrange « alerte » : « Jemal Taleb, poursuivi pour recel de vol à Paris ». Recel de  vol, et vol de quoi, aucune précision n’est donnée. L’accusation est d’une extrême gravité.

 

Voilà que le quotidien Libration dans un article signé Renaud Lecadre, le présente comme …… le fils de Aziz…… excusez la profondeur de l’enquête. On peut rendre service à une source et lui venir en aide sans pour autant faire preuve de tellement de légèreté. Comment Libération peut tomber aussi bas ? et on est légitime à se demander si le journaliste Renaud Lecadre aurait écrit son article haineux et complaisant avec la même teneur s’il ne s’agissait pas d’un africain. Racisme de gauche ou regard condescendant sur les africains ? Les deux peut-être !

 

D’ailleurs on veut bien présenter l’avocat Jemal Taleb sous la plus mauvaise manière mais pas un mot pour qualifier son ami et collègue, pourtant officiellement avocat du président Aziz, Eric Diamantis. Il a sans doute une meilleure couleur de peau pour la rédaction de Libé….

 

Un mot sur Kinross, trainée dans la boue avec la Mauritanie dans le rapport Sherpa avant que le département de la justice et le gendarme de la bourse américaine ne concluent au fait qu’aucune corruption n’est avérée et ordonne le classement sans suite de ce dossier. Un échec cuisant pour Sherpa. On ne peut que regretter que le site du Monde Afrique qui avait présenté à l’époque ce dossier comme étant l’affaire de corruption du siècle en parlant de « révélations exclusives » ne dise pas un mot pour corriger le lynchage de la Mauritanie et l’instrumentalisation dont il a été l’objet de la part de Sherpa.

 

L’intérêt pour la Mauritanie se retrouve dans d’autres organes de presse. En même temps, autre signe des temps, le journal Jeune Afrique dans sa livraison du 25 février 2018, publie un entretien avec Mohamed Ould Abdelaziz, le président de Mauritanie. L’entretien aborde tous les sujets importants de la société mauritanienne. Signe des temps encore, nous allons le voir, un journal français de large public, le Journal du dimanche, égratigne avec force preuves, les relations pour le moins douteuses entre l’hommes d’affaires mauritanien et Sherpa, ou plutôt son président William Bourdon. Autre signe des temps qui démontre à quel point les temps changent, ni l’un ni l’autre des deux articles, ne revient sur le sempiternel sujet qui semblait de toute éternité structurer les reportages sur la Mauritanie, l’esclavage moderne, les Haratines contre les Beidanes, les Blancs contre les Noirs. Enfin, on parle de la Mauritanie, les uns avec des attaques inattendues, les autres avec un regard plus objectif. Et l’on se dit aussi que toute personne qui a visité ce pays durant les dix dernières années, après le règne de Ould Taya, l’ami de Bouamatou, a pu se rendre compte des progrès faramineux qui y ont été réalisés. Dès lors on se pose des questions suivantes :

 

Pourquoi Sherpa s’intéresse-t-il soudain à ce pays, et seulement depuis 2013, c’est-à-dire depuis que son chef est l’avocat de Bouamatou ?

Pourquoi Sherpa n’a jamais épinglé la gouvernance de Ould Taya, le grand ami de Bouamatou dont on dit qu’il a favorisé son enrichissement acquis dans des conditions jugées plutôt douteuses ?

Qu’est-ce qui explique ce nouveau regard de la part de la presse française, tour à tour objectif ou comme à la solde de l’avocat de Bouamatou, dont l’ONG est supposée courir au secours des pauvres Africains spoliés par leur dirigeants ?

Comment cette ONG peut-elle ignorer les lourds soupçons de trafics illicites qui pèsent sur son financeur et le client de son chef ? (elle qui s’intéresse pourtant beaucoup à Wikileaks et son fondateur Julian Assange)

Comment un rapport de 2017 sur la Mauritanie, par les défenseurs des pauvres Africains, peut-il ignorer les inestimables progrès réalisés dans ce pays depuis une dizaine d’années ?

Et question ultime, une Afrique qui bouge est-elle une Afrique qui dérange ?

 

Et l’on est aussi en droit de se demander ce qui justifie cette évolution du regard sur la Mauritanie sinon une réelle et profonde évolution de la gouvernance mauritanienne.

 

Dans cette perspective, on a l’impression que la relation entre le chevalier Blanc, le président de Sherpa William Bourdon et Bouamatou que certains présentent comme un pilleur de tronc, que cette relation s’apparente au mariage de la carpe de du lapin pour d’inavouables intérêts conjugués de l’un et de l’autre. Personne n’ignore que dans sa mission de redresseur de torts, l’ONG Sherpa a jeté un dévolu exclusif sur l’Afrique (sans parler de ses liens avec Soros et les Fonds Vautours). Bouamatou, comme l’indique la presse, a juré la perte du président mauritanien. Ainsi, il croit pouvoir compter sur l’expérience de l’avocat, sur ses relations dans les médias français, pour pourrir la vie à son ennemi. Si l’on veut pourrir la vie d’un président africain, on confie le dossier au spécialiste en la matière, William Bourdon. On le paie bien, et la machine s’ébranle. L’homme n’a jamais été inquiété et l’on n’a jamais été interpellé par le fait que l’Afrique soit le terrain exclusif de ses prouesses. L’histoire va-t-elle se répéter en Mauritanie. La suite risque de prouver que non.

 

 

SHERPA ET BOUAMATOU, LE TANDEM INATTENDU

 

La rencontre des deux hommes, Mohamed Ould Bouamatou et William Bourdon que tout semblait opposer, remonte à 2013. Ould Bouamatou est coincé de toute part. Les services secrets internationaux mettent le nez dans ses affaires depuis quelques années déjà. Des soupçons de trafics illicites s’accumulent avec des preuves. Il n’est plus en odeur de sainteté auprès des pouvoirs mauritaniens successifs depuis la chute de Ould Taya. Il doit penser qu’il est mal payé en retour. Il a financé la campagne d’Aziz et l’on peut imaginer qu’il n’était pas mu par cette philanthropie que certains lui accordent aujourd’hui. Alors, le ressentiment contre Aziz s’accumule. En fin connaisseur des affaires africaines, il se dit qu’un homme peut l’aider à arriver à ses fins : fragiliser le pouvoir mauritanien et son chef en particulier. On peut aisément imaginer que si Bouamatopu commence par l’avocat, c’est le redresseur de torts qui l’intéresse. Sa générosité à l’endroit de l’association viendra apporter une preuve que ce raisonnement tient la route.

 

Le groupe BSA consulte l’avocat dans une affaire de faillite de l’une de ses filiales, portée devant les tribunaux mauritaniens. Le tandem se reconstituera pour faire face à la Direction Générale des Impôts, suite à un redressement consécutif à la découverte d’une évasion fiscale dans laquelle avait trempé le Groupe BSA selon l’ancien IGE Monsieur Jeilani dans un entretien récent. Curieusement – ou pas d’ailleurs – c’est cette même année 2013 que Sherpa pond son premier rapport contre la Mauritanie. Par contre bien curieusement cette fois, on se demande où était Sherpa quand la gestion de la Mauritanie était logiquement décriée par toute la presse, épinglée par tous les organismes de contrôle, gestion calamiteuse dont Bouamatou était un des plus grands bénéficiaires.

 

Sherpa et son chef se posent comme les défenseurs des pauvres et des opprimés, les chevaliers blancs qui défendent les pauvres Africains contre l’incurie de leurs dirigeants. Il est donc évident que le pire ennemi de Sherpa sera la françafrique et ses agents et qu’il évitera tout contact avec les tenants de cette ligne. Il se trouve que William Bourdon est le conseil de Bouamatou. Par déduction, on se dit que l’homme d’affaires est loin de tout soupçon de relation avec la Françafrique.

 

Et pourtant, le choc des photos ! Sur une image, on voit  Bouamatou en très amicale compagnie avec Robert Bourgi et Claude Guéant, la main très familièrement posée sur l’épaule de ce dernier. On se demande comment William Bourdon pourrait ne pas être au courant de cette relation de son patron avec des gens à la base de la prédation de l’Afrique. Robert Bourgi, les plus pudiques et les plus amicaux le désignent comme « le représentant de la françafrique ». L’homme lui même qui appelait Omar Bongo papa, revendique à cor, à cri et avec fierté la position charnière qu’il occupe dans ce dispositif inqualifiable. Il est le… sherpa, le nervi des maîtres de cette organisation mafieuse au sommet, qui rançonne les chefs d’état africains et pille sans vergogne le continent dont Sherpa revendique de défendre les intérêts en poursuivant de sa vindicte les chefs d’état. Bourgi se félicite d’être le porteur des mallettes bourrées d’argent de l’Afrique vers les hommes politiques français, mallettes dont on dit que le troisième personnage de la photo, Claude Guéant aurait largement bénéficié.

 

SHERPA ET LES ORIGINES DE LA FORTUNE DE BOUAMATOU, UN SILENCE INATTENDU

 

Qu’il nous soit permis de nous interroger sur le silence du pourfendeur des cousins réels ou supposés, proches ou éloignés du président de Mauritanie, par rapport à ce cousin vrai qu’est Bouamatou, président de BSA. Si tous les proches du président sont épinglés, pourquoi ce silence autour de l’homme ? Pas un mot sur l’origine de sa fortune ; pas un mot sur ses liens avec le clan Taya de triste mémoire et les dignitaires de l’ancien régime qui a laissé le pays exsangue et assassiné une partie de sa population et déporter une autre vers le Sénégal. Pourquoi ne parle-t-il pas des financements de Monsieur Bouamatou à Sherpa et du conflit d’intérêts qui pourrait en naître, puisqu’il est aussi l’avocat confortablement rémunéré de l’homme d’affaires qui s’est juré d’avoir la peau du président de Mauritanie.

 

 

 

Ne sait-il pas – alors nous le lui apprenons – que ce généreux mécène, ce grand créateur d’emplois a fermé sa banque, la Générale de banque de Mauritanie (GBM) en 2013, en violation totale du droit mauritanien et au préjudice des épargnants et de ses employés. Nous l’invitons à lire les rapports des experts sur le fonctionnement de cette banque. Si Sherpa veut découvrir la vérité – comment en douter -, nous l’invitons à mener une enquête sur le groupe BSA et sur la GBM, de 1995 à 2007, qu’il s’intéresse à ses relations passées du temps de Taya avec la SONIMEX, Société Nationale d’Import-Export, la MCP (Mauritano-Chinoise de Pèche), la Somelec et la Somagaz. Ses liens avec Ahmed OULD TAYA, frère de Maaouiya.

 

Sherpa a longuement disserté sur le bradage des terrains par le pouvoir mauritanien à ses proches. Qu’il se penche un peu sur la taille du foncier dont le client de son chef est propriétaire, comment il l’a acquis et comment  il en a disposé. Nous allons lui donner quelques pistes. Pendant les années Taya, le groupe Bouamatou s’est vu attribuer des centaines d’hectares de terrain, notamment pour le bénéfice  de sa Fondation. On s’en félicite. Il faut soutenir l’humanitaire. En 2007, dernier cadeau foncier de la SOCOGIM dont la mission est de construire des logements sociaux, lui octroyait cinq hectares de terrains sous le titre foncier numéro 10684… L’homme s’est lancé dans une spéculation immobilière sans précédent et les terrains sociaux généreusement offerts pour ses bonnes œuvres, ont été vendu l’un en 2010, pour cinq millions de dollars aux USA pour y bâtir leur ambassade. Sur un autre de ces terrains, trône le siège local de la Banque Mondiale. Rien que de l’humanitaire.

 

 

 

Nous tenons à la disposition de Sherpa toutes les informations dont il a besoin pour apprécier la qualité de l’humanitaire Bouamatou, et le mode d’acquisition de sa fortune. Il y trouverait à n’en pas douter,  matière à épingler un crime économique et un dossier certain de Biens Mal Acquis.

 

 

BOUAMATOU FAISEUR DE ROIS EN MAURITANIE.

 

On insiste et à juste titre sur la proximité entre Mohamed Bouamatou et les pouvoirs mauritaniens depuis les débuts de sa fortune. On dit que sa fortune a été largement favorisée par ses trafics en collaboration avec le clan Taya dont le chef lui-même et son frère aîné. On souligne sa proximité avec son cousin Ely Ould Mohamed Vall qui a assuré la transition pendant près de deux ans après le coup d’état de 2005. On rappelle à l’envi qu’il a financé toutes les campagnes électorales, même celle de son autre cousin Aziz l’actuel président mauritanien auquel il voue aujourd’hui une haine sans pareil, haine réciproque au démeurant, ce cousin dont il s’est juré la perte. Et l’on se demande à juste titre pourquoi cette haine !

 

Après ses liaisons obscures avec le clan Taya, après ses relations assez cordiales avec Ely Ould Mohamed Vall, Mohamed Ould Bouamatou apparaît dans l’entourage du candidat Aziz. Personne n’a jamais nié la proximité (nouvelle) des deux hommes dont on insiste d’ailleurs souvent sur les liens de parenté. Que l’homme d’affaires fasse partie à un moment du cercle rapproché du candidat, ceci ne cache rien d’anormal.

 

Aziz est élu président de la république et se met au travail. Aujourd’hui, tous les observateurs sont unanimes pour reconnaître qu’un air de changement profond plane sur le pays. Bien des gens reconnaissent aujourd’hui, au vu de ses grandes réalisations sur le terrain, l’engagement du président Aziz à assainir les pratiques au sein du pouvoir et des affaires, à préserver les intérêts du pays, à promouvoir le développement social et économique.

 

Bouamatou ne veut pas accepter que les temps ont changé. Quelle était la contrepartie qu’attendait l’homme d’affaires à la suite de ses soutiens financiers pour les campagnes ? Comment cela se passait-il avant ? Il n’est pas compliqué de comprendre le nouvel homme fort de Nouakchott n’a pas correspondu à l’image que l’homme n’affaires attendait. Il est facile de comprendre que le nouveau régime ne répondrait pas à ses attentes, au retour d’ascenseur qu’espérait, qu’exigeait celui qui se prenait pour le faiseur de rois. Ceci, Bouamatou ne peut l’accepter. Alors il va faire alliance avec le tombeur des têtes couronnées en Afrique

 

A partir de ce moment, Sherpa devient le bras armer qui va faire tomber Aziz. On pense que cela va être facile. Un petit rapport et c’est parti. Le rapport de Sherpa reprend une rhétorique que l’on croit applicable à tous les pays africains, s’intitule tristement et platement « La corruption en Mauritanie, un gigantesque système d’évaporation ». Du pur prédigéré, un discours copier/coller.

 

Il n’a pas été bien difficile de démonter les affirmations simplistes – copinage népotisme, détournements de fonds… -, de pointer le doigt sur les incohérences et les calomnies. Et bizarrement, dans ce vaste système de népotisme, de corruption et d’évaporation, un personnage aurait été oublié : Mohamed Ould Bouamatou, le cousin, le bienfaiteur et le financier de la campagne présidentielle d’Aziz.

 

 

BOUAMATOU DES SOUPÇONS PERSISTANTS DES SERVICES SECFRETS

 

Un faisceaux d’éléments concordants ont poussés de nombreux services spéciaux à s’intéresser aux activités de Bouamatou et l’on revient souvent sur son trafic de cigarettes mais aussi sur des soupçons de trafic de drogue (notamment les câbles Wikileaks de l’ancien ambassadeur des USA en Mauritanie, librement consultables sur internet), lié à de réseaux mafieux et terroristes qui sillonnent le Sahel (même si Monsieur Bouamatou n’est pas directement cité dans les réseaux terroristes, il est cité comme étant l’homme ayant fait la route Marlboro qui sera par la suite la route des terroristes et ce qui explique que Belmokhtar s’appelle aussi « Monsieur Marlboro »). La note des services spéciaux souligne : « Selon plusieurs sources fidèles et compétentes, sa fortune a été essentiellement bâtie sous le régime Taya (1984 – 2005), par des activités licites et illicites ayant pour cadre la distribution (société Copral, cigarettes du groupe Philip Morris principalement) et la banque (GBM, détournement massif de fonds publics réalisé avec le chef de l’État).

 

 

 

COMMENT BOUAMATOU A INSTRUMENTALISÉ  SHERPA.

 

 

Mohamed Ould Bouamatou rencontre l’avocat William Bourdon,  président de l’ONG Sherpa en 2013. L’homme d’affaires a des difficultés avec les autorités de son pays pour des soupçons de malversations financières, de trafics divers dont celui de drogue. L’avocat s’est taillé une solide réputation de redresseur de torts en Afrique, en dénonçant ce qu’il qualifie des biens mal acquis des présidents et de leurs entourages. Les pays concernés sont le Congo, le Gabon et la Guinée équatoriale. On est surpris de cette concentration dans une zone géographique bien précise et exclusivement en Afrique, comme si nulle part ailleurs au monde, ce genre de pratiques n’avait cours. Mais il est évident qu’il  est plus facile de s’attaquer aux dirigeants du Golfe de Guinée qu’à ceux du Golfe persique. On pourrait louer ce chevalier blanc au propre et au figuré qui vole au secours de pauvres Africains, incapables de se défendre sans l’aide du missionnaire blanc. En effet l’œuvre et l’activisme effréné de Bourdon s’apparentent à un véritable sacerdoce.

 

Bouamatou, s’est présenté comme un faiseur de rois en Mauritanie. Mais peut-être s’est-il rendu compte qu’avec son cousin Aziz, le nouvel homme fort de Nouakchott,  dont on observe la rigueur dan la gestion des deniers public, les choses ne seront plus comme avant. Les services secrets français ne sont pas loin de penser la même chose quand ils écrivent que. « M Bouamatou cherche à étendre l’importance de ses activités hors de Mauritanie et à faire entrer des partenaires étrangers dans ses affaires mauritaniennes.  Il est probable que cette orientation ait notamment pour objet de le prémunir vis-à-vis d’éventuelles difficultés notamment politiques en Mauritanie ».

 

 

 

Bouamatou ne tarde pas à comprendre en effet que les temps ont changé. Mais comment entrer dans les rangs quand on a pris l’habitude de faire la loi. Il ne supporte pas que le nouveau président ne le laisse pas faire comme ses prédécesseurs. N’a-t-il pas financé sa campagne ! Ne lui a-t-il pas présenté son réseau notamment français. Le voilà maintenant traité comme il est, un vulgaire trafiquant, pilleur de l’état, fraudeur du fisc. Alors, il se tourne vers William Bourdon et réussi très rapidement à en faire son obligé. L’homme tombe dans le piège argenté et subitement s’intéresse à la gestion du trésor mauritanien par le gouvernement. Il faut très vite salir l’état mauritanien. N’a-t-il pas réussi à tort ou à raison à mettre en difficulté les chefs d’état d’Afrique centrale ! Le premier rapport est publié dans une précipitation inattendue qui transparaît dans les approximations et les erreurs  qui l’émaillent.

 

 

 

Des tonnes de preuves en tout genre montrent les relations peu avouables entre les deux hommes, donc même la presse occidentale finit par s’alarmer. Voilà donc le chevalier blanc pris au piège du trafiquant du désert. Le Journal du dimanche publie un article dans on édition du 29 janvier. L’association Sherpa impliquée dans une étrange affaire. L’association de défense des droits de l’homme Sherpa est mise en cause pour son rôle auprès de l’homme d’affaires Mohammed Bouamatou, un opposant au régime en Mauritanie. Bouamatou, souligne le journal « combat depuis plusieurs années le régime de Nouakchott, dont il dénonce des atteintes répétées à la démocratie ». Difficile d’accuser Aziz de porter atteinte à la démocratie, quand on s’est accommodé sans peine du régime du président Taya. Il réussit donc à piéger Bourdon dont la liste des sources de financement, souligne le journal, « reste confidentielle, même si le nom du financier international George Soros, a déjà été cité ». Il serait très intéressant en effet de savoir qui finance Sherpa. En pensant l’Afrique un terrain sans risque, voilà Sherpa épinglé même par la presse française.

 

 

 

Bourdon se défend comme il peut. Il feint d’ignorer le parcours sulfureux de son nouveau mécène. Bouamatou « fait partie d’un certain nombre de mécènes qui nous aident, admet le président de l’association, William Bourdon, mais nous ne l’avons pas attendu pour nous intéresser à la Mauritanie. » On est bien loin de la vérité. Nous le savons, Sherpa ne s’est jamais intéressé à la Mauritanie du temps où le régime Taya très lié à Bouamatou pillait ce pays de part en part. Comme on le sait, il rencontre Bouamatou en 2013, la même année pond un rapport à charge contre la Mauritanie. La même année, Bouamatou se met à financer des enquêtes de Sherpa sur son pays, comme en témoigne cet courriel daté du 23 janvier 2014, dont Me Bourdon est l’auteur : « Cher Mohammed, je reviens vers toi sur la question des frais […] ils ne sont plus liés à l’affaire Mauritania Airways mais aux investigations menées pour l’enquête Sherpa sur Kinross [compagnie minière canadienne spécialisée dans la recherche de l’or et opérant en Mauritanie] et d’autre part, pour l’enquête de la commission d’enquête citoyenne de Mauritanie. Il faut donc que tu fasses deux virements différents : le premier de 50.000 euros à Sherpa (dont tu as déjà les coordonnées bancaires). » Au total, 100.000 euros sont versés à cette occasion à l’ONG ». Le journal s’étonne sur le fait que l’association ne soit pas « très regardante sur ce curieux mélange des genres ». Bourdon demande de l’argent à Bouamatou qui finance directement les enquêtes de Sherpa ! S’agit-il toujours d’un mécène ou d’un donneur d’ordres ?

 

Un épisode qualifié d’abracadabrantesque par le journal. « Un épisode digne d’un film au scénario abracadabrantesque est venu conforter cette impression. Au printemps dernier, un proche collaborateur de Bouamatou est interpellé par les douaniers à la frontière avec le Sénégal, alors qu’il tente de quitter le pays. L’homme parvient à s’enfuir à pied. Mais il a abandonné sa voiture. À l’intérieur, les gendarmes mauritaniens découvrent deux ordinateurs, quatre téléphones portables et de nombreux autres documents. Ainsi, 11.308 e-mails sont saisis, des ordres de virement bancaire à destination de Me Bourdon et de l’un de ses confrères correspondant au versement d’honoraires, et d’autres mouvements de fonds plus occultes à destination du Maroc, via une société enregistrée en Mauritanie, la Soframa ».

 

La Mauritanie fait trembler le redresseur des torts du Golfe de Guinée. Il n’a pas compris que la Mauritanie d’Aziz était un peu plus haut.

Deddah Fadel

Maurisahel

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