Opinions

Mauritanie: Le sacre plébiscitaire d’Ould Abdel Aziz

 

La campagne d’adhésion de l’Union Pour la République, formation politique du président mauritanien Ould Abdel Aziz, devrait se clôturer, dans quelques heures, à 20 heures, sur l’horloge de Nouakchott, ce mercredi 11 avril 2018. Les premières estimations officieuses qui se chuchotent déjà, au sein de la commission, en charge de la redynamisation du parti, qui, également, pilote cette campagne, parlent du frôlement de la barre d’un million d’adhérents. La frange des jeunes se taille, signale-t-on, ce soir dans la capitale du pays d’un million de poètes,  la part du lion, environ 60% des adhérents, dont l’âge est compris entre 18 ans et 35 ans. Du jamais vu dans l’histoire  de ce pays où la politique était jusqu’à une date récente la chasse gardée du troisième âge ou presque. Si, sur les 40% restants de l’ensemble des adhérents,  on relève un peu la tranche d’âge pour l’approcher de  celui de la retraite, par exemple, 60 ans, chuchote un militant, il ne resterait, de l’ensemble de l’effectif d’adhérents, pas grand-chose au troisième âge. Donc un parti entièrement rajeuni, qui respire, désormais, des poumons de l’âge du dynamisme et de la vigueur. C’est, aussi, un peu une vibrante réponse au propos lancé, par Mohamed Ould Abdel Aziz, face à une foule immense de jeunes, à l’occasion de la soirée inaugurale des journées de concertations sur la redynamisation du parti. ‘’ Le parti sera ce que vous en ferez, vous, ce que vous en voudrez.’’ Comme pour répondre au président de la République, à l’issue de cette campagne, et dire que l’UPR devient désormais le parti de la jeunesse.

Pourtant, l’opération d’adhésion n’était pas de tout repos, puisqu’elle rompait d’avec la facilité habituelle, qui a marqué, jadis, les us et coutumes au sein des partis au pouvoir, en Mauritanie.  »Le souci de transparence manifeste, l’impossibilité de la triche seraient bien, entre autres raisons,  le motif de cette affluence impressionnante. Car, lance ce jeune militant, 25 ans à peine, aujourd’hui, on ose, enfin, croire en politique et par la suite militer, au sein du parti au pouvoir, et se tenir, ici, debout, sous un soleil peu clément,  serré au milieu d’une file et attendre son tour d’adhésion. Parce que demain, le jour de la redistribution des cartes, dans la phase implantation des structures de base, on est sûr de peser de notre voix. Parce que demain, également,  chacun n’aura que sa part. Parce que demain, un militant ne saura compter que sur sa seule voix. »  »L’impossibilité de la multiplicité des adhésions grâce à l’application biométrique utilisée dans cette opération exclut systématiquement tout doublon, rassure sur l’équité; et, en soi, insiste la jeune voisine, dissipe toutes les inquiétudes, qui, auparavant, empêchaient beaucoup de citoyen de ce pays de s’engager dans la politique. »

Assainissement. On peut le dire. C’est visiblement la méthode de l’homme qui dirige le pays depuis quelques années. Aujourd’hui, c’est la scène politique qui vit son assainissement, ou en tout cas, sa propre formation politique.  »Les autres partis, qu’ils soient de la majorité, de l’opposition gentille ou méchante ont intérêt à suivre l’exemple de l’UPR ou mourir de leur mauvaise mort, lâche sur un ton sarcastique  ce jeune étudiant de l’université de Nouakchott. »

C’est un peu comme si Ould Abdel Aziz amorce le toilettage de son appareil politique. C’est le maillon qui manquait à la chaîne. Depuis son arrivée, l’homme s’est d’abord attaqué à la lutte sans merci contre la gabegie. Il a fallu des années pour que ses collaborateurs intègrent cette intransigeance. Puis arrive la phase des programmes sociaux et projets structurants, hôpitaux, écoles, infrastructures routières, aéroportuaires, énergétiques…etc. Nouakchott et bien des provinces régionales ont merveilleusement changé de visages, au cours de ces dernières années. Ensuite, il y a eu les réformes constitutionnelles, drapeau restauré, hymne national recomposé et toute une batterie de mesures visant l’ancrage de la pratique démocratique, en la rapprochant davantage du citoyen ordinaire. L’introduction des conseils régionaux traduit, justement, cette volonté politique à l’adresse du citoyen, jadis, en marge de toutes les politiques de développement de sa collectivité.

La boucle est bouclée. Ould Abdel Aziz investit alors le champ politique.  La sphère politique mauritanienne est en train de vivre une profonde métamorphose. Elle se passe au sein de la formation politique la plus significative du paysage politique mauritanien. C’est comme si cette campagne d’adhésion de l’union pour la république, qui s’achève vient clore un chapelet de réformes entamé depuis l’arrivée de l’actuel président au pouvoir. Un million d’adhérent, en vrai. C’est un exploit, certes,  inespéré, en temps normal, de surcroît, pour un président qui est à la limite de son dernier et ultime mandat.

Un million d’adhérents, pour un parti au pouvoir, hier léthargique, atone, qui, a vécu au rythme de cette campagne d’adhésion, une sorte de résurrection, à une année, pourtant,  du départ constitutionnel du président de la République, celui qui l’a crée! Peut-être que cette résurrection n’est que celle d’un espoir,  un nouvel élan fortement prononcé d’un million de mauritaniens, afin de  manifester ce qui se résume, tout simplement, en une expression collective d’un plébiscite  à l’adresse du président Aziz. C’est, non seulement une adhésion tous azimuts à un projet politique, mais surtout un plébiscite populaire pour un troisième mandat. C’est, en somme, un soulèvement populaire contre la sortie de l’actuel président à l’issue du mandat présidentiel en cours.

Pascal Driffot

 

 

 

Articles liés

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *